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Camille Paulhan

Docteure en Histoire de l’art, membre associé du Laboratoire de recherches HiCSA, Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Critique d’art, membre de l’AICA
Commissaire d’expositions

L’univers chromatique de Louise-Margot Décombas s’annonce d’emblée comme singulièrement débridé : dans ses
photographies, le bleu électrique, le jaune poussin et le rouge criard dominent.
Pour ses sculptures, elle n’hésite pas à utiliser du rose layette, du lilas et de l’orange vif de majorettes.
Et les textures sont à l’avenant : la préciosité et le bon goût l’ennuient, elle leur préfère la compacité du crépi, le velouté du satin, la rugosité des franges, autant de matières quelque peu reléguées généralement dans la catégorie du vernaculaire ou du kitsch – avec toute la condescendance que l’usage de ces termes peut revêtir.
Au contraire, il y a chez Louise-Margot Décombas une réflexion aussi bien joyeuse et tendre que mélancolique sur l’univers pavillonnaire, qui passe par une analyse méthodique de ses représentations comme de ses incarnations. Elle s’intéresse ainsi à ces lieux emblématiques des zones périurbaines, postes de contrôle et d’observation autant que d’ennui ou de sociabilité :
abribus, balancelles, balcons… Mais les échelles ont été modifiées, quelque chose cloche, à l’instar d’un mégot géant affalé à la manière d’un ado sur une de ses sculptures, ou de son arrêt d’autocar transformé en boîte de nuit à la musique
étrangement lancinante. Même si ses photographies ne montrent pas de visage, l’individualité des corps est partout, même dans ses fessiers en résine et polystyrène, intitulés Coéquipières, saucissonnés par des combinaisons en lycra.
Ici, pas de discours surplombant : au royaume de la pétanque, des parasols GiFi, des tables de camping en plastique et du gazon synthétique, la tendresse et l’humour sont roi et reine.

In Catalogue des diplômés 2019, Editions des Beaux-Arts de Paris, 2020

Coéquipière, 2019, 90 x 40 cm, résine acrylique, polystyrène, tissu, perles